Bodyboard

Films de bodyboard : la culture vidéo qui a fait le sport

Un bodyboardeur dans le tube d'une vague, vu depuis la surface de l'eau

Le bodyboard doit une part considérable de son identité à la vidéo. Pendant deux décennies, avant que les réseaux ne changent la donne, la discipline s’est transmise par des films vendus en cassette puis en DVD, tournés par des pratiquants et diffusés de main en main. Cette culture explique beaucoup de choses sur le sport, y compris sa relative discrétion aujourd’hui.

Pourquoi la vidéo a compté autant

Trois raisons, et elles se cumulent.

Le bodyboard n’a jamais eu de vitrine télévisée. Contrairement au surf, dont les compétitions ont été diffusées très tôt, la discipline est restée en dehors des circuits médiatiques classiques. La vidéo autoproduite a rempli ce vide.

Les spots emblématiques sont difficiles d’accès. Les vagues qui font l’intérêt du bodyboard, creuses, puissantes, souvent sur récif peu profond, se trouvent loin des zones de pratique courante. La plupart des pratiquants ne les verront jamais autrement qu’en images.

Le geste se comprend mieux en mouvement. Une rotation ou un drop knee tenu dans un tube ne se raconte pas. Le format vidéo était le seul moyen de transmettre la technique avant la généralisation des tutoriels en ligne.

Les trois âges de la vidéo de bodyboard

L’ère de la cassette. Films vendus par correspondance ou en surf shop, souvent structurés en sections consacrées chacune à un rider. Le format section, hérité du surf, a durablement marqué la culture visuelle du sport. La qualité d’image était mauvaise, la musique omniprésente, et la diffusion confidentielle.

L’ère du DVD. Meilleure image, bonus, et un début de circulation internationale. C’est la période où les productions gagnent en ambition, avec des voyages organisés spécialement pour le tournage.

L’ère numérique. La diffusion devient gratuite et instantanée, ce qui multiplie le volume mais fragmente l’attention. Les films longs se raréfient au profit de séquences courtes. Un pratiquant d’aujourd’hui voit beaucoup plus d’images de bodyboard qu’un pratiquant des années 1990, et beaucoup moins de films.

Ce que ces productions ont laissé

Elles ont d’abord installé une hiérarchie des spots. Certains lieux sont devenus des références parce qu’ils étaient filmés, et non l’inverse. Elles ont ensuite fixé un répertoire de figures : ce qui était montré devenait ce qu’il fallait savoir faire.

Elles ont enfin porté les figures marquantes de la discipline, à commencer par Mike Stewart, multiple champion du monde et pratiquant le plus identifié du bodyboard, dont les images à Pipeline ont fait davantage pour la notoriété du sport que n’importe quelle compétition.

Comment les retrouver aujourd’hui

C’est là que la situation se complique, et il faut être franc : une grande partie de ce patrimoine est difficilement accessible. Les productions étaient artisanales, tirées à peu d’exemplaires, et beaucoup n’ont jamais été numérisées proprement.

Trois pistes fonctionnent. Les chaînes vidéo des riders et des marques rediffusent parfois d’anciennes sections. Les communautés de passionnés archivent et partagent, ce qui reste le canal le plus efficace, comme l’expliquent nos repères sur les communautés en ligne. Et les marchés d’occasion voient circuler des DVD, avec les limites que cela suppose.

Une précaution utile : les titres et les disponibilités changent constamment, et toute liste publiée se périme vite. Mieux vaut chercher par nom de rider ou par spot que par titre de film.

Ce qui distingue un film de bodyboard d’un film de surf

Les deux genres partagent le format section et la bande-son omniprésente, mais trois différences sautent aux yeux quand on les compare.

Le point de vue. Le bodyboard se filme davantage depuis l’eau, souvent depuis l’intérieur même de la vague, parce que le pratiquant y est plus bas et plus proche de la surface. Le surf se filme plus volontiers depuis la plage ou depuis un drone.

Le type de vague. Les films de bodyboard privilégient les vagues creuses et les tubes courts, là où les productions de surf montrent des murs longs qui permettent d’enchaîner les manoeuvres. Ce n’est pas un choix esthétique mais la conséquence directe de ce que chaque discipline sait faire.

Le rapport au danger. Le bodyboard filme volontiers des vagues sur récif peu profond que le surf n’aborde pas, ce qui donne à ces images une intensité particulière et explique une partie de leur attrait.

Regarder pour progresser, et ses limites

La vidéo apprend bien la forme d’un geste et mal la sensation. Elle montre aussi des conditions choisies, sur des vagues qui ne ressemblent pas à celles où la plupart des gens pratiquent, ce qui fausse la perception de sa propre progression.

L’usage réellement rentable consiste à regarder une séquence courte sur le geste précis que l’on va travailler, juste avant une session, plutôt qu’une heure de compilation le soir. Nos articles sur le el rollo et le drop knee décomposent les deux figures les plus filmées de la discipline.

La réserve

Ces films ont aussi produit un effet moins heureux. En montrant presque exclusivement des vagues extrêmes sur récif, ils ont installé l’idée que le bodyboard n’existe vraiment que dans ces conditions, ce qui décourage des pratiquants qui n’auront jamais accès à ce type de spot et qui pourraient très bien progresser sur un beach break ordinaire.

Deuxième point : la sécurité y est absente. On ne voit ni les blessures, ni les séries ratées, ni les journées sans vague. C’est du montage, et le confondre avec une représentation fidèle de la pratique conduit à surestimer ce que l’on peut tenter, notamment dans le shorebreak.

Questions fréquentes


Pourquoi la vidéo est-elle si importante en bodyboard ?

Parce que la discipline n’a jamais eu de vitrine télévisée comparable à celle du surf, que ses spots emblématiques sont difficiles d’accès et que ses figures se comprennent mal autrement qu’en mouvement. La vidéo autoproduite a rempli ce vide pendant deux décennies et a façonné la culture visuelle du sport.


Où trouver d'anciens films de bodyboard ?

Trois canaux fonctionnent : les chaînes vidéo des riders et des marques, qui rediffusent parfois d’anciennes sections, les communautés de passionnés qui archivent et partagent, et les marchés d’occasion pour les DVD. Cherchez plutôt par nom de rider ou par spot que par titre, les disponibilités changeant constamment.


Qui est le bodyboardeur le plus connu ?

Mike Stewart, multiple champion du monde, est la figure la plus identifiée de la discipline. Ses images à Pipeline, à Hawaï, ont davantage contribué à la notoriété du bodyboard que les compétitions elles-mêmes, ce qui illustre bien le rôle qu’a joué la vidéo dans ce sport.