Le el rollo est la première figure aérienne que la plupart des bodyboardeurs réussissent, et c’est ce qui en fait un passage obligé. Le principe : la planche effectue une rotation complète sur son axe longitudinal, dans le mouvement de la lèvre qui se referme. Bien exécuté, il paraît facile. C’est un piège classique, parce que sa réussite dépend presque entièrement du choix de la vague et non du geste.
Ce qui se passe réellement
Contrairement à ce que l’image laisse croire, le pratiquant ne lance pas la rotation par la force. C’est la lèvre de la vague qui la provoque : en projetant l’arrière de la planche, elle fait tourner l’ensemble. Le rôle du bodyboardeur est de se placer au bon endroit, de rester compact, et de ne pas contrarier le mouvement.
Cette compréhension change tout dans l’apprentissage. Un pratiquant qui essaie de forcer la rotation avec les bras la rate systématiquement. Un pratiquant qui remonte au bon moment et se laisse retourner la réussit sans effort apparent.
Les prérequis, à ne pas contourner
Trois acquis sont nécessaires avant de tenter la figure, et les sauter fait perdre des mois.
Savoir tenir une trajectoire le long de l’épaule plutôt que d’aller tout droit vers la plage, ce qui est la frontière entre le débutant et le pratiquant, et que nous détaillons dans notre article sur la technique du bodyboard.
Savoir remonter vers le haut de la vague et redescendre sans perdre la vitesse. Le el rollo se déclenche en haut, donc si vous n’atteignez pas le sommet avec de la vitesse, la figure ne peut pas se produire.
Être à l’aise dans une chute la tête en bas, ce qui arrivera beaucoup. C’est autant une question de sérénité que de technique.
Le geste, décomposé
La remontée. Depuis le bas de la vague, on remonte vers la lèvre en gardant la vitesse et en visant la section qui est sur le point de casser, pas celle qui a déjà cassé.
Le contact avec la lèvre. L’arrière de la planche vient à la rencontre de la lèvre au moment où elle se projette. C’est ce contact qui déclenche la rotation.
Se compacter. Les coudes se rapprochent du corps, les mains tiennent fermement les rails, le regard suit la rotation. Un corps étalé casse la rotation en cours de route.
La sortie. La planche retombe à plat, et il faut immédiatement reprendre le contrôle des rails pour repartir. Beaucoup de tentatives se terminent ici : la rotation est bouclée mais la réception, non gérée, fait perdre la vague.
Les trois erreurs qui reviennent
Partir trop tard. Attaquer une section qui a déjà cassé n’offre aucune lèvre pour lancer la rotation. On se contente alors de tomber avec la mousse.
Lâcher les rails. Le réflexe naturel en se retrouvant tête en bas est d’ouvrir les bras. C’est exactement le geste qui interrompt la rotation et sépare le corps de la planche.
Vouloir tourner avec les épaules. Le mouvement vient de la vague et du placement, pas du haut du corps. Un pratiquant qui force se déséquilibre avant même le contact avec la lèvre.
La vague qu’il faut
C’est le facteur le plus déterminant, et le moins mentionné. Le el rollo demande une vague qui creuse et dont la lèvre se projette vers l’avant. Une vague molle, qui s’affaisse au lieu de casser franchement, ne fournit pas l’énergie nécessaire, quelle que soit la technique.
La taille compte moins que la forme : une petite vague creuse et rapide vaut mieux qu’une grosse vague qui s’écroule. Sur les plages de sable, la marée fait basculer un spot d’une configuration à l’autre en une heure ou deux, ce qui explique qu’une figure passe un jour et pas le lendemain. La méthode de lecture est dans notre article sur la lecture d’un spot.
Le matériel change peu, mais pas rien
Le el rollo se réussit avec n’importe quelle planche correcte, et il ne faut pas croire qu’un modèle particulier débloquera la figure. Deux paramètres jouent tout de même à la marge.
Un noyau rigide transmet mieux l’impulsion de la lèvre à l’ensemble planche et corps. Une planche molle absorbe une partie de l’énergie et rend la rotation plus paresseuse, ce qui se sent surtout sur les petites vagues.
Des palmes bien tenues comptent plus qu’on ne l’imagine sur cette figure précise. Une palme qui se déchausse pendant la rotation, ce qui arrive régulièrement, transforme une tentative réussie en nage jusqu’au bord. Les leashs de palmes prennent ici tout leur sens, comme le rappelle notre guide sur le choix des palmes.
Combien de temps avant de la passer
Aucun chiffre honnête ne peut être donné : la durée dépend du nombre de sessions, de la qualité des vagues disponibles et de l’aisance de départ, trois variables qui changent tout d’une personne à l’autre. Méfiez-vous des promesses en nombre de séances.
Ce qui se dit en revanche, c’est l’ordre : la figure vient après la trajectoire le long de l’épaule, et généralement avant les rotations aériennes complètes comme le backflip, qui demandent davantage de hauteur et un placement plus exigeant.
Ce qu’il faut accepter
Deux réserves.
Le taux d’échec est élevé au début, et il le reste longtemps. Contrairement aux gestes de base, où la progression se voit de session en session, le el rollo passe ou ne passe pas, avec peu d’états intermédiaires. Il faut accepter de perdre beaucoup de vagues pendant plusieurs sorties, ce qui est frustrant si l’on est déjà limité par le nombre de sessions.
Les réceptions sont sèches. Retomber à plat depuis le haut d’une vague creuse charge la nuque et les épaules, et cela se fait souvent dans peu d’eau. C’est une figure qui se travaille au large plutôt que dans le shorebreak, pour des raisons rappelées dans notre article sur les dangers du bodyboard.
Questions fréquentes
Comment faire un el rollo en bodyboard ?
En remontant vers la lèvre avec de la vitesse et en visant la section sur le point de casser, puis en laissant l’arrière de la planche entrer en contact avec la lèvre qui se projette. C’est elle qui déclenche la rotation, pas le pratiquant. Il faut ensuite rester compact, coudes près du corps et mains fermes sur les rails, et gérer la réception à plat pour repartir.
Quelle vague faut-il pour un el rollo ?
Une vague qui creuse et dont la lèvre se projette vers l’avant. Une vague molle qui s’affaisse ne fournit pas l’énergie nécessaire, quelle que soit la technique. La forme compte plus que la taille : une petite vague creuse et rapide vaut mieux qu’une grosse qui s’écroule.
Pourquoi je n'arrive pas à boucler mon el rollo ?
Trois causes reviennent. Partir trop tard, sur une section déjà cassée qui n’offre plus de lèvre. Lâcher les rails par réflexe une fois tête en bas, ce qui interrompt la rotation. Et vouloir tourner avec les épaules, alors que le mouvement vient de la vague et du placement. Forcer la rotation la fait rater à tous les coups.