Le bodyboard a une date de naissance précise et un inventeur unique, ce qui est rare pour un sport. Le 7 juillet 1971, à Hawaï, Tom Morey découpe un bloc de mousse de polyéthylène, le surface avec un fer à repasser posé sur du papier journal, et se met à l’eau.
Cinquante ans plus tard, les planches sont fabriquées industriellement et pèsent le tiers de ce prototype, mais elles reposent toujours sur le même principe : une mousse à cellules fermées, une peau glissante dessous, et rien d’autre.
1971 : une mousse et un fer à repasser
Tom Morey était ingénieur de formation et musicien de jazz. Le nom qu’il donne à son objet, Boogie, vient du boogie-woogie, et il est resté à ce point attaché au produit que beaucoup de gens l’emploient encore comme nom commun.
L’idée technique est simple et elle explique tout le succès qui suivra : une planche courte, souple, sans danger, sur laquelle on n’a pas besoin de se lever. Là où le surf demande des mois avant la première vraie vague, le bodyboard donne une glisse dès la première session.
La commercialisation à grande échelle intervient dans la seconde moitié des années soixante-dix, après la cession de la marque à un groupe industriel. Le bodyboard devient alors un objet de plage vendu par millions, ce qui fera à la fois sa diffusion et son problème d’image.
L’évolution du matériau, seule vraie rupture technique
Toute l’histoire technique du bodyboard tient dans la composition de trois couches.
Le noyau. Le polyéthylène d’origine est souple et absorbe les chocs, ce qui convient aux eaux froides où la mousse se rigidifie naturellement. L’arrivée du polypropylène, plus léger et plus rigide, a ouvert la pratique en eau chaude et permis des vitesses supérieures. Ce choix reste le critère d’achat principal, détaillé dans comment choisir sa planche de bodyboard.
Le slick, la peau du dessous, qui a remplacé la mousse nue par un film thermoplastique lisse et résistant. C’est lui qui a fait passer la planche de l’objet flottant à l’objet glissant.
Le stringer, une tige rigide insérée dans la longueur, qui limite la torsion et renvoie l’énergie. Il transforme le comportement en vague creuse et n’apporte rien à un débutant.
En dehors de ces trois éléments, presque rien n’a changé. C’est une des raisons pour lesquelles une planche des années quatre-vingt-dix reste parfaitement utilisable aujourd’hui.
Trois façons de le pratiquer
Le sport s’est scindé très tôt en trois positions, qui sont devenues trois disciplines aux gestes incompatibles.
Le prone, allongé, est la position d’origine et reste très majoritaire. C’est celle qui permet de partir tard et à la verticale dans une vague de bord.
Le drop knee, un genou posé et un pied à l’avant, apparaît dans les années soixante-dix et ouvre un vocabulaire de manoeuvres proche du surf. Il demande un matériel et une technique propres, décrits dans le drop knee en bodyboard.
Le stand up, debout sur la planche, est resté marginal.
L’âge d’or, puis le décrochage
Les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix constituent la période faste : un circuit professionnel structuré, des figures dominantes dont le palmarès reste inégalé, une presse spécialisée, et une production vidéo abondante qui a défini l’esthétique du sport.
Le décrochage des années deux mille tient à trois causes cumulées, et aucune n’est technique.
Le sport a souffert de son succès de masse : la planche vendue en supermarché a durablement associé le bodyboard au loisir de plage plutôt qu’à une discipline.
Les grandes marques de glisse s’en sont retirées, faute de marges comparables à celles du surf, ce qui a fait disparaître les budgets de compétition et de production.
Et la couverture médiatique a suivi, laissant le bodyboard hors des circuits de diffusion au moment précis où le surf entrait dans l’olympisme.
Où en est le sport aujourd’hui
La renaissance est réelle mais elle ne passe plus par les mêmes canaux. Elle se fait par la vidéo en ligne, produite par les pratiquants eux-mêmes, et par les spots les plus lourds du monde, ceux que le surf ne peut pas prendre parce qu’ils cassent trop près du bord.
C’est peut-être la trajectoire la plus intéressante du sport : chassé du grand public, il s’est spécialisé sur le terrain où il est objectivement supérieur, celui des vagues de bord.
Trois évolutions se dessinent. Les matériaux, avec des recherches sur des noyaux moins dépendants du pétrole, encore marginales. Le retour du drop knee, porté par une génération qui redécouvre les vidéos des années quatre-vingt-dix. Et une structuration associative locale, qui remplace le circuit professionnel disparu.
La réserve
L’histoire du bodyboard est mal documentée comparée à celle du surf, et une partie de ce qui circule relève du récit d’industrie. Les dates de commercialisation, les paternités de manoeuvres et les palmarès des années quatre-vingt reposent souvent sur des sources uniques et intéressées.
Deuxième réserve : raconter ce sport par ses innovations est trompeur, car il en a eu très peu. Le bodyboard est resté remarquablement stable, et ce n’est pas un défaut : c’est le signe qu’un objet simple avait été bien conçu du premier coup.
Enfin, le débat sur la légitimité du bodyboard face au surf, qui a occupé trois décennies, n’a aucun intérêt technique. Les deux sports ne prennent pas les mêmes vagues, comme l’explique la comparaison entre bodyboard et surf, et la hiérarchie supposée entre eux est une affaire de marché, pas de pratique.
Questions fréquentes
Pourquoi le bodyboard s'appelle-t-il boogie ?
Parce que Tom Morey, son inventeur, était musicien de jazz : il a baptisé son objet Boogie, en référence au boogie-woogie, lors de sa création le 7 juillet 1971 à Hawaï. Le nom est resté à ce point attaché au produit que beaucoup l’emploient encore comme nom commun, alors qu’il désignait à l’origine une marque.
En quoi le bodyboard a-t-il changé depuis son invention ?
Étonnamment peu, et toute son évolution technique tient dans trois couches. Le noyau, passé de la mousse de polyéthylène d’origine, souple et adaptée aux eaux froides, au polypropylène plus léger et plus rigide, qui a ouvert la pratique en eau chaude. Le slick, film thermoplastique lisse qui a remplacé la mousse nue et fait passer la planche de l’objet flottant à l’objet glissant. Et le stringer, tige rigide qui limite la torsion. En dehors de cela, presque rien.
Le bodyboard est-il un sport olympique ?
Non, contrairement au surf qui y est entré en 2021. Cette absence tient moins au niveau du sport qu’à sa structuration : le retrait des grandes marques dans les années deux mille a fait disparaître les budgets de compétition et la couverture médiatique, au moment précis où le surf franchissait ce cap. La reconstruction actuelle passe par des associations locales plutôt que par un circuit professionnel.
Le bodyboard a-t-il encore un avenir ?
Oui, mais sur un terrain plus étroit et plus cohérent qu’avant. Chassé du grand public, le sport s’est spécialisé là où il est objectivement supérieur au surf : les vagues de bord, qui cassent trop près du rivage pour être prises autrement. Trois évolutions se dessinent, des recherches encore marginales sur des noyaux moins dépendants du pétrole, un retour du drop knee porté par une nouvelle génération, et une structuration associative locale.