Sur la côte pacifique du Mexique, dans l’État d’Oaxaca, une plage de sable produit l’une des vagues les plus lourdes du monde. Playa Zicatela, à Puerto Escondido, est surnommée le Mexican Pipeline, et cette comparaison avec le spot hawaïen n’est pas un argument touristique : c’est une description de la façon dont la vague casse.
C’est aussi une plage où des gens se noient chaque saison, souvent des visiteurs qui ne comprennent pas ce qu’ils regardent.
Pourquoi cette vague est aussi puissante
Zicatela est un beach break, un simple fond de sable. Rien ne laisse deviner ce qui s’y passe, et c’est précisément le problème.
La particularité tient à ce qui se trouve au large. Le plateau continental y est très étroit et une fosse profonde s’approche de la côte, si bien que la houle du Pacifique arrive presque sans avoir été freinée par des petits fonds. Elle passe d’une grande profondeur à quelques mètres sur une distance très courte : toute son énergie se libère d’un coup, et la vague se creuse verticalement avant de plonger.
C’est le mécanisme du déferlement plongeant poussé à l’extrême, et c’est le même que celui d’un shore break, à une échelle sans commune mesure.
La saison, et ce qu’elle apporte
La houle qui alimente Zicatela vient des dépressions du Pacifique Sud, dont la saison correspond à l’hiver austral. Le pic se situe donc pendant l’été de l’hémisphère nord, grossièrement de mai à septembre, et c’est à ce moment que la plage produit des vagues de plusieurs mètres de façon régulière.
Le reste de l’année, la plage fonctionne toujours, en plus petit, ce qui ne veut pas dire en plus sûr : la puissance du déferlement et la violence du shore break restent disproportionnées par rapport à la taille apparente.
C’est pendant la saison de houle que s’y tiennent les épreuves de gros, qui ont fait la réputation internationale du spot.
Ce qui rend Zicatela difficile, au-delà de la taille
Trois éléments distinguent ce spot des autres vagues de renom.
Le paddle-out. C’est le vrai obstacle. Sur un fond de sable, il n’y a pas de chenal fiable pour sortir : il faut traverser la zone d’impact, et les séries ne laissent que peu de fenêtres. Beaucoup de surfeurs expérimentés renoncent avant même d’être au large.
Le fond mobile. Contrairement à un reef, un banc de sable se déplace. La vague de la semaine dernière n’est pas celle d’aujourd’hui, et la connaissance locale compte davantage qu’ailleurs.
La fermeture. La vague se referme souvent d’un bloc, sans épaule. Un départ mal placé ne se solde pas par une chute ordinaire mais par un rinçage sous plusieurs mètres d’eau, dans un déferlement qui plaque au fond.
Le danger réel, pour ceux qui ne surfent pas
C’est la partie qu’il faut lire même si l’on n’a aucune intention de mettre une planche à l’eau.
Zicatela n’est pas une plage de baignade. Le shore break y déferle directement sur le sable, avec une force qui casse des vertèbres et des épaules, et les courants de retour évacuent des volumes d’eau considérables. La plage est belle, plate, accessible, et rien dans son apparence n’annonce cela.
Le scénario type ne concerne pas les surfeurs : c’est celui d’un visiteur qui entre dans un mètre d’eau, se fait faucher par une vague de bord, et se retrouve emporté. Les gestes qui protègent sont les mêmes que partout ailleurs, et ils sont détaillés dans la prévention des blessures en surf : ne jamais tourner le dos à la mer, ne jamais tendre les bras vers le fond, et ne pas nager contre un courant mais latéralement.
Pour se baigner, la ville dispose de criques abritées, à commencer par Playa Carrizalillo, dont la configuration en anse coupe la houle. C’est là que se donnent aussi les cours pour débutants, et non sur Zicatela.
Qui peut y aller, et avec quoi
Zicatela n’est pas un spot de progression. C’est un spot d’application, et le niveau d’entrée est élevé : il faut savoir passer une barre difficile, gérer plusieurs vagues sur la tête d’affilée, et accepter de ne pas surfer une session entière.
Côté matériel, le volume ne suffit pas : c’est la longueur qui permet de ramer assez vite pour entrer dans une vague qui se lève tard. Beaucoup de pratiquants montent d’un cran en taille par rapport à leur planche habituelle, exactement à l’inverse de ce qu’on ferait sur une vague molle.
Un leash renforcé n’est pas une précaution excessive : une planche libre dans un shore break de cette puissance devient un projectile pour les autres.
La réserve
Il faut dire ce que Zicatela n’est pas. Ce n’est pas une étape de voyage de surf ordinaire, et l’ajouter à un itinéraire parce que le nom est prestigieux est une mauvaise idée. Sur les trois quarts des sessions, un pratiquant de niveau intermédiaire y passera son temps à ramer sans rien prendre, et sur la quatrième il se fera très peur.
Deuxième réserve, moins spectaculaire mais plus fréquente : la fréquentation. Le spot est devenu une destination, et la densité de surfeurs dans la zone de départ y ajoute un risque de collision qui n’a rien à voir avec la vague elle-même.
Enfin, la même côte offre des alternatives réellement praticables à courte distance, avec des vagues de qualité et un risque sans commune mesure. Comme pour toute destination, le bon réflexe est celui qu’on applique ailleurs, par exemple pour le surf au Maroc : choisir le spot en fonction de son niveau réel, et non en fonction de la réputation du nom.
Questions fréquentes
Est-ce que Puerto Escondido est un endroit sûr ?
La question se pose surtout pour la mer. Playa Zicatela n’est pas une plage de baignade : le shore break y déferle directement sur le sable avec une puissance qui blesse gravement, et les courants de retour y évacuent des volumes d’eau considérables. Rien dans l’apparence plate et accessible de la plage ne l’annonce, et c’est ce décalage qui fait les accidents. Les criques abritées de la ville, à commencer par Playa Carrizalillo, sont en revanche adaptées à la baignade.
Est-il possible de se baigner à Puerto Escondido ?
Oui, mais pas à Zicatela. Les criques en anse de la ville, dont Playa Carrizalillo, coupent la houle et permettent la baignade comme les cours pour débutants. Sur Zicatela, le déferlement se produit directement au bord : entrer dans un mètre d’eau y suffit à se faire faucher par une vague de bord puis emporter par le courant de retour.
Pourquoi appelle-t-on Zicatela le Mexican Pipeline ?
Parce que la vague y casse comme à Pipeline, en plongeant verticalement plutôt qu’en s’écroulant. La cause est bathymétrique : le plateau continental est très étroit et une fosse profonde s’approche de la côte, si bien que la houle du Pacifique passe d’une grande profondeur à quelques mètres sur une distance très courte et libère toute son énergie d’un coup. La différence avec Hawaï est le fond : du sable mobile ici, du corail là-bas.
Quelle est la saison de surf à Puerto Escondido ?
De mai à septembre environ, quand les dépressions du Pacifique Sud, en plein hiver austral, envoient les houles les plus puissantes. C’est la période des vagues de plusieurs mètres et des épreuves de gros. Le reste de l’année la plage fonctionne en plus petit, ce qui ne la rend pas plus sûre : la violence du shore break reste disproportionnée par rapport à la taille apparente.