Le bodyboard a une date de naissance précise et un inventeur identifié, ce qui est rare pour un sport de glisse. Ce qui est arrivé ensuite l’est moins : une discipline née d’un bricolage, portée par quelques figures, devenue mondiale en une décennie, puis largement retombée dans l’ombre du surf.
Tom Morey et l’invention de 1971
Tom Morey est ingénieur et shaper. En 1971, à Hawaï, il découpe un morceau de mousse de polyéthylène, le met en forme à l’aide d’un fer à repasser et d’un journal, et obtient une planche courte sur laquelle on s’allonge. Il l’appelle le Morey Boogie, nom qui restera longtemps synonyme de la discipline.
L’intérêt de l’objet est immédiat et tient à trois choses : il coûte peu, il ne demande pas d’apprentissage de l’équilibre debout, et il passe dans des vagues creuses où une planche de surf ne peut pas s’engager. C’est cette dernière propriété qui fera du bodyboard autre chose qu’un surf simplifié.
Mike Stewart, la figure qui a défini le sport
Si Tom Morey a inventé l’objet, Mike Stewart a défini ce qu’on pouvait en faire. Multiple champion du monde, il est le pratiquant le plus identifié de la discipline, et ses images dans les vagues lourdes de Hawaï ont fait davantage pour sa notoriété que n’importe quelle compétition.
Son apport dépasse le palmarès. Il a montré que le bodyboard pouvait aborder des vagues extrêmes, sur récif peu profond, dans des conditions où le surf ne va pas. C’est ce déplacement du terrain de jeu qui a donné au bodyboard son identité propre.
Ce que les pionniers ont réellement apporté
Au-delà des noms, trois inventions structurent encore la pratique.
La position drop knee, attribuée à Jack Lindholm à la fin des années 1970, ouvre une seconde façon de pratiquer, à mi-chemin entre le bodyboard allongé et le surf. Elle est décrite dans notre article sur le drop knee.
Le répertoire des figures aériennes, dont le el rollo est resté la porte d’entrée, s’est constitué dans ces années-là et n’a pas fondamentalement changé depuis. Il est détaillé dans notre article sur le el rollo.
L’évolution des matériaux, du polyéthylène des débuts au polypropylène et aux constructions à stringer, a transformé un jouet de plage en équipement sportif. Les différences sont traitées dans notre guide pour choisir sa planche de bodyboard.
L’âge d’or, puis le décrochage
Les années 1980 et 1990 sont celles de l’expansion : circuits professionnels structurés, marques dédiées, magazines, et surtout une production vidéo abondante qui diffuse la discipline bien au-delà de Hawaï. Cette culture visuelle est décrite dans notre article sur les films de bodyboard.
Le décrochage vient ensuite, et il s’explique par plusieurs facteurs qui se cumulent : l’absence de vitrine télévisée, le retrait progressif de sponsors majeurs, et la concurrence d’un surf qui capte l’essentiel de l’attention et des budgets. Le bodyboard ne disparaît pas, il redevient une pratique de passionnés.
Où en sont ces figures aujourd’hui
La question est posée régulièrement, et la réponse honnête est qu’elle appelle de la prudence. Les parcours individuels des pionniers relèvent de la vie privée, les informations qui circulent en ligne sont souvent anciennes ou invérifiables, et les versions se contredisent.
Ce qui se constate en revanche, c’est un schéma : la plupart des figures historiques de la discipline sont restées dans son écosystème, comme shapers, fondateurs de marques, formateurs ou organisateurs. C’est la conséquence directe d’un sport trop petit pour offrir des carrières longues, et assez soudé pour garder les siens.
Ce que cette histoire dit du sport actuel
Trois héritages restent visibles aujourd’hui.
La discipline conserve une culture de la vague difficile plutôt que de la performance chiffrée, héritée de ses pionniers hawaïens. Elle garde une faible dépendance à l’industrie, ce qui explique la persistance de petites marques et d’ateliers indépendants. Et elle souffre d’un déficit d’image auprès d’une partie des surfeurs, qui n’a aucun fondement technique et que les conditions abordées en bodyboard contredisent directement.
Une invention qui tient à un matériau
Un point mérite d’être souligné parce qu’il explique le calendrier : le bodyboard ne pouvait pas naître avant les mousses synthétiques. Il fallait un matériau à la fois léger, flottant, souple et bon marché, ce qu’aucun bois ni aucune construction traditionnelle ne permettait.
C’est la même bascule que celle du surf, où l’arrivée de la mousse et de la fibre de verre dans les années 1950 avait rendu la planche maniable et reproductible. Le bodyboard en est l’héritier direct, avec vingt ans de décalage : il apparaît quand les mousses de polyéthylène deviennent courantes.
Cette dépendance au matériau explique aussi pourquoi la discipline a évolué par sauts technologiques plutôt que par gestes : le passage au polypropylène et l’apparition des stringers ont changé la pratique davantage qu’aucune figure nouvelle.
La réserve
Les récits fondateurs de ce sport sont peu documentés. Contrairement au surf, dont l’histoire a été écrite par des institutions et des chercheurs, le bodyboard s’est raconté lui-même, dans ses magazines et ses vidéos. Les dates précises et les attributions d’inventions varient d’une source à l’autre, et il faut lire les récits circulant en ligne avec cette prudence.
Réduire l’histoire à quelques noms est commode et faux. Comme pour tous les sports, la diffusion doit autant à des centaines de pratiquants anonymes, à des shapers locaux et à des clubs qu’aux figures dont on retient le nom. Le récit des pionniers est utile pour comprendre, il ne remplace pas une histoire sociale du sport qui reste largement à écrire.
Questions fréquentes
Qui a inventé le bodyboard ?
Tom Morey, ingénieur et shaper, en 1971 à Hawaï. Il découpe un morceau de mousse de polyéthylène, le met en forme avec un fer à repasser et un journal, et obtient une planche courte sur laquelle on s’allonge. Il l’appelle le Morey Boogie, nom longtemps resté synonyme de la discipline.
Qui est le bodyboardeur le plus connu de l'histoire ?
Mike Stewart, multiple champion du monde. Son apport dépasse le palmarès : il a montré que le bodyboard pouvait aborder des vagues extrêmes sur récif peu profond, là où le surf ne va pas. C’est ce déplacement du terrain de jeu qui a donné à la discipline son identité propre.
Pourquoi le bodyboard est-il moins populaire que le surf ?
Plusieurs facteurs se cumulent depuis les années 2000 : l’absence de vitrine télévisée comparable à celle du surf, le retrait progressif de sponsors majeurs, et la concentration de l’attention et des budgets sur le surf. La discipline n’a pas disparu, elle est redevenue une pratique de passionnés, avec de petites marques et des ateliers indépendants.
Que sont devenus les pionniers du bodyboard ?
Les parcours individuels relèvent de la vie privée et les informations qui circulent sont souvent anciennes ou invérifiables. Ce qui se constate, c’est un schéma : la plupart des figures historiques sont restées dans l’écosystème du sport, comme shapers, fondateurs de marques, formateurs ou organisateurs, faute de carrières longues dans une discipline de cette taille.