La littérature de surf est nettement meilleure que sa filmographie, et c’est un jugement qui se défend. Le surf a produit un livre couronné par le Pulitzer ; il n’a jamais produit de grand film de fiction, seulement des documentaires remarquables et des fictions maladroites.
Voici ce qui vaut réellement le temps qu’on y passe, classé par ce qu’on cherche.
Le livre qui domine tous les autres
« Jours barbares », de William Finnegan, publié en anglais sous le titre Barbarian Days: A Surfing Life, a reçu le prix Pulitzer en 2016. C’est un mémoire, pas un manuel : le récit d’une vie organisée autour de la recherche de vagues, de Hawaï à Fidji, avec une précision d’observation que peu de livres de sport atteignent.
Ce qui le rend supérieur au reste tient à une chose : il décrit ce que le surf coûte, pas seulement ce qu’il donne. Les amitiés instrumentales, les mois perdus, la difficulté à mener une vie normale à côté. C’est le seul livre du genre qui ne soit pas une célébration.
Si vous ne devez en lire qu’un, celui-là, y compris si vous ne surfez pas.
Les autres livres qui comptent, par usage
Pour l’histoire. Les travaux de Matt Warshaw, notamment son histoire du surf et son encyclopédie, constituent la référence documentaire du domaine. C’est un travail d’archiviste : dense, sourcé, sans lyrisme. À consulter plutôt qu’à lire d’un trait, et le complément naturel des origines du surf.
Pour le roman. Breath, de l’Australien Tim Winton, est le seul roman de surf réellement tenu : une histoire d’adolescence, de mentor et de prise de risque, adaptée au cinéma par la suite. Il vaut pour l’écriture, pas pour la documentation.
Pour le récit de voyage. Le genre est abondant et inégal. La règle qui fonctionne : préférer les récits qui datent des années où le voyage de surf était difficile. Ceux d’aujourd’hui décrivent des destinations que l’on peut réserver en ligne, ce qui leur retire l’essentiel.
Pour les images. Les beaux livres de photographie de surf forment un marché à part, où la qualité tient au photographe et non à l’éditeur. Regardez le nom sur la couverture avant le titre.
Les documentaires : deux fondateurs, et le reste
The Endless Summer, de Bruce Brown, 1966. C’est le film qui a inventé le voyage de surf comme récit, en suivant deux surfeurs à la recherche de l’été perpétuel. Il a autant façonné l’imaginaire du sport que n’importe quelle compétition, et il faut le voir en sachant ce qu’il est : un document d’époque, au commentaire daté, dont l’influence dépasse largement les qualités cinématographiques.
Riding Giants, de Stacy Peralta, 2004. L’histoire du surf de grosses vagues, racontée avec les archives et les acteurs encore vivants. C’est le documentaire le mieux construit du genre, et le seul qui explique vraiment une progression technique, celle du tow-in.
Pour le reste, la production documentaire est abondante et souvent commanditée par des marques. Le repère utile : un documentaire qui ne montre jamais d’échec, de blessure ou de journée sans vagues est un film publicitaire.
Les fictions, et pourquoi elles déçoivent
Point Break, en 1991, reste la fiction la plus connue, et elle a durablement installé l’image du surfeur hors-la-loi. Elle est absurde du point de vue de la pratique, ce qui n’a jamais empêché personne de l’aimer.
Big Wednesday, de John Milius, en 1978, est plus sérieux et beaucoup moins vu : trois amis, une génération, la guerre du Vietnam en arrière-plan. C’est le film qui se rapproche le plus d’un vrai récit de surf.
La raison de cette faiblesse générale est structurelle. Le surf est un sport d’attente et de répétition, filmé de loin, sans adversaire visible ni ligne d’arrivée. Il résiste à la dramaturgie, et les scénaristes compensent en ajoutant des braquages et des rivalités qui n’ont rien à faire là. C’est aussi pour cela que l’empreinte du surf sur la culture populaire passe davantage par la musique et l’imagerie que par le récit.
Les surf movies, un genre à part
Il existe une troisième catégorie, ni documentaire ni fiction : le film de surf pur, une succession de sessions montées sur une bande-son, sans commentaire ni intrigue.
Le genre a eu son âge d’or dans les années quatre-vingt-dix, avec des productions qui ont défini une esthétique et lancé des carrières, et il a été tué par la vidéo en ligne : ce qui demandait un film entier tient aujourd’hui dans un clip de trois minutes. Ce que cela a changé pour la progression est traité dans ce qu’il faut regarder pour progresser vraiment.
Par où commencer
Trois entrées, selon ce que vous cherchez.
- Comprendre ce que c’est que d’organiser une vie autour du surf : le livre de Finnegan, et rien d’autre avant.
- Comprendre d’où ça vient : The Endless Summer pour l’imaginaire, puis Riding Giants pour les faits.
- Trouver des noms : commencez par les figures que le sport a retenues, dans les surfeurs célèbres, puis remontez vers les documentaires qui leur sont consacrés.
La réserve
Une bonne partie de la production sur le surf, livres compris, relève de l’objet de décoration. Les beaux livres se vendent à des gens qui ne surfent pas, et cela oriente le contenu vers l’image et le mythe plutôt que vers l’expérience.
Deuxième réserve, plus gênante : le canon est très majoritairement américain, masculin et ancien. Les récits venus d’ailleurs, et ceux des pratiquantes, sont rares en français et quasiment absents des listes de recommandations, celle-ci comprise.
Enfin, aucun livre et aucun film n’a jamais fait progresser personne. Ils servent à comprendre une culture, à choisir un voyage, à passer un hiver sans vagues. C’est déjà beaucoup, mais cela ne remplace pas une heure à l’eau.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur livre sur le surf ?
« Jours barbares » de William Finnegan, publié en anglais sous le titre Barbarian Days: A Surfing Life et couronné par le prix Pulitzer en 2016. C’est un mémoire, le récit d’une vie organisée autour de la recherche de vagues, et le seul livre du genre qui décrive aussi ce que le surf coûte : les amitiés instrumentales, les mois perdus, la difficulté à mener une vie normale à côté. Il se lit même sans surfer.
Quel est le meilleur documentaire sur le surf à voir absolument ?
Deux se détachent. The Endless Summer, de Bruce Brown, 1966, qui a inventé le voyage de surf comme récit et façonné l’imaginaire du sport : à voir en sachant que c’est un document d’époque au commentaire daté. Et Riding Giants, de Stacy Peralta, 2004, l’histoire du surf de grosses vagues, le mieux construit du genre et le seul qui explique vraiment une progression technique.
Quels sont les 5 livres à lire absolument ?
Sur le surf, la liste tient en cinq entrées et une hiérarchie claire. « Jours barbares » de William Finnegan, pour l’expérience. Les travaux d’histoire de Matt Warshaw, pour les faits. Breath de Tim Winton, pour le roman. Un récit de voyage datant d’une époque où voyager était difficile, plutôt qu’un récit contemporain. Et un livre de photographie choisi sur le nom du photographe, pas sur le titre.
Quel film de surf regarder en premier ?
The Endless Summer si vous cherchez à comprendre d’où vient l’imaginaire du sport, Riding Giants si vous préférez les faits et l’histoire technique. Évitez de commencer par les fictions : Point Break est absurde du point de vue de la pratique, et Big Wednesday, plus juste, suppose de connaître déjà un peu le milieu. Le surf est un sport d’attente et de répétition, il résiste mal à la dramaturgie.