Windsurf

Les légendes du windsurf : Naish, Dunkerbeck, Albeau, et les oubliés

Photo Vintage windsurfing

Le windsurf a produit des carrières qui n’ont pas d’équivalent dans les autres sports de glisse : des champions du monde à treize ans, des séries de titres consécutifs sur plus d’une décennie, et des records de vitesse qui frôlent les cent kilomètres par heure sur une planche.

Voici les trois figures que ces chiffres désignent, ce qu’ils valent réellement, et pourquoi la question du meilleur de tous les temps n’a pas de réponse.

Robby Naish, champion du monde à treize ans

Le premier titre mondial de l’histoire du windsurf revient à un adolescent hawaïen de treize ans, en 1976. Robby Naish avait grandi devant les spots d’Oahu, à une époque où la planche à voile venait d’être inventée et où personne n’avait plus de quelques années de pratique.

Cette anomalie s’explique par la jeunesse du sport : quand une discipline naît, un enfant qui a commencé au bon endroit et au bon moment se retrouve mécaniquement au niveau des meilleurs adultes. Elle n’en reste pas moins un point de repère que rien n’a effacé.

Naish a ensuite dominé les années quatre-vingt, accumulé une vingtaine de titres mondiaux selon les disciplines et les catégories, puis basculé vers le kitesurf naissant avant d’y fonder l’une des marques de référence. Sa trajectoire résume celle du sport : Hawaï, la compétition, puis l’industrie.

Björn Dunkerbeck, douze titres consécutifs

Le palmarès le plus difficile à comprendre pour qui vient d’un autre sport est celui de Björn Dunkerbeck. Douze titres de champion du monde overall consécutifs, de 1988 à 1999, et plus de quarante titres mondiaux toutes disciplines confondues.

Le titre overall récompensait la combinaison des disciplines, slalom, vagues et course, ce qui rend cette série encore plus singulière : elle ne mesure pas la spécialisation mais la polyvalence, sur douze saisons.

Formé à Grande Canarie, sur des spots ventés toute l’année, il est le cas d’école de l’avantage géographique. À nombre d’heures égal, personne ne rattrape un pratiquant qui navigue trois cents jours par an.

Antoine Albeau, vingt-sept titres et le record de vitesse

Le Français Antoine Albeau, installé sur l’île de Ré, affiche vingt-sept titres de champion du monde, ce qui en fait le palmarès le plus fourni du sport toutes disciplines confondues.

Mais le chiffre qui a marqué le grand public est ailleurs. En 2015, sur le canal de vitesse de Lüderitz, en Namibie, il a établi un record du monde de vitesse en planche à voile à 53,27 noeuds, soit un peu plus de 98 kilomètres par heure.

Il faut mesurer ce que cela représente. Un canal de vitesse est un plan d’eau artificiel, creusé et orienté pour offrir une surface parfaitement plate avec un vent latéral très fort. Le pilote y navigue sur quelques centaines de mètres, sur du matériel dédié, avec un aileron qui ne sert à rien d’autre. Ce n’est pas de la navigation, c’est de la balistique, et cela explique que le record se joue à quelques centièmes de noeud entre des tentatives séparées par des années.

Qui est le meilleur windsurfer du monde

La question revient sans cesse et elle n’a pas de réponse, pour une raison structurelle : le windsurf n’est pas un sport mais quatre.

  • Le slalom, une course de vitesse entre bouées, qui demande des départs, des trajectoires et des jibes.
  • Les vagues, jugées sur la qualité des sauts et des manoeuvres, sur un terrain qui change à chaque passage.
  • Le freestyle, jugé sur des figures en eau plate, discipline la plus technique et la moins médiatisée.
  • La vitesse pure, une performance chronométrée sans adversaire direct.

Un spécialiste des vagues et un pilote de vitesse ne font pas le même sport, sur le même matériel, dans les mêmes conditions. Comparer leurs palmarès revient à comparer un marathonien et un sprinteur, et c’est pour cela que le titre overall, qui a produit la série de Dunkerbeck, a lui-même disparu.

Les oubliés, et pourquoi ils le sont

Trois catégories entières de figures majeures ne figurent dans aucun palmarès, et leur absence tient à la structure du sport, pas à leur niveau.

Les riders de vagues des années quatre-vingt. La discipline se pratiquait à Hawaï devant une poignée de photographes, sans diffusion. La renommée dépendait d’une couverture de magazine, donc d’un photographe présent le bon jour.

Les shapers. Toutes les ruptures de performance du windsurf sont venues du matériel : le passage aux flotteurs courts, l’apparition des harnais, les ailerons, les voiles à cambers. Les noms qui ont conçu ces objets sont inconnus du public alors qu’ils ont déplacé le niveau du sport bien plus que n’importe quel titre. C’est aussi vrai des inventeurs de la discipline, dont le travail est raconté dans l’histoire de la première plate-forme de Jim Drake.

Les recordmen intermédiaires. Le record de vitesse a changé de mains une quinzaine de fois avant d’atteindre son niveau actuel. Seul le dernier détenteur est retenu, alors que chaque palier a demandé un plan d’eau, un matériel et une saison entière.

Il faut ajouter que la moitié féminine du sport a longtemps été traitée à part et bien moins couverte : c’est le sujet de celles qui changent le visage du windsurf.

Ce que les chiffres ne disent pas

Comparer les époques est un exercice trompeur, parce que le matériel a changé plus vite que les athlètes.

Un flotteur des années soixante-dix pesait plusieurs fois le poids d’un flotteur moderne, sans harnais ni footstraps. Les gestes qui définissaient l’excellence à cette époque ont disparu du sport, et les manoeuvres d’aujourd’hui étaient physiquement impossibles avec ce matériel. L’évolution du matériel est la variable dominante de toute comparaison.

Le seul jugement qui tienne est relatif : chacune de ces figures a dominé ses contemporains, avec le matériel de son temps, ce qui est la seule chose mesurable.

La réserve

Le palmarès est un mauvais indicateur de l’influence réelle. Certains pratiquants qui n’ont jamais gagné de titre ont davantage transformé le sport, en ouvrant un spot, en inventant une manoeuvre ou en filmant ce que personne ne montrait.

Deuxième réserve, moins agréable : la mémoire du windsurf est très largement une mémoire d’industrie. Les noms retenus sont ceux qui ont eu un contrat, une marque, une couverture. Les figures des pays sans marché n’ont laissé aucune trace, quel que soit leur niveau.

Enfin, s’il faut retenir une chose de ces trajectoires, ce n’est pas le nombre de titres mais le nombre d’heures. Naish à Oahu, Dunkerbeck à Grande Canarie, Albeau sur la côte atlantique : trois endroits où l’on peut naviguer presque tous les jours. Le talent explique le sommet ; la géographie explique l’accès à la pente.

Questions fréquentes


Quel est le palmarès d'Antoine Albeau ?

Vingt-sept titres de champion du monde, ce qui constitue le palmarès le plus fourni du windsurf toutes disciplines confondues, et un record du monde de vitesse en planche à voile établi en 2015 à Lüderitz, en Namibie, à 53,27 noeuds. Il reste à ce jour la figure française majeure du sport.


Quel est le record de vitesse d'Antoine Albeau ?

53,27 noeuds, soit un peu plus de 98 kilomètres par heure, établi en 2015 sur le canal de vitesse de Lüderitz en Namibie. Un canal de vitesse est un plan d’eau artificiel, creusé et orienté pour offrir une surface parfaitement plate avec un vent latéral très fort ; le passage se fait sur quelques centaines de mètres, avec un matériel dédié qui ne sert à rien d’autre.


Qui est le meilleur windsurfer du monde ?

La question n’a pas de réponse, parce que le windsurf regroupe quatre disciplines qui ne se comparent pas : le slalom, les vagues, le freestyle et la vitesse pure. Sur le nombre de titres, Antoine Albeau domine avec vingt-sept. Sur la régularité, Björn Dunkerbeck, avec douze titres overall consécutifs de 1988 à 1999. Sur l’empreinte laissée sur le sport, Robby Naish, champion du monde à treize ans en 1976.


Qui a été le plus jeune champion du monde de windsurf ?

Robby Naish, sacré à treize ans en 1976, lors du premier championnat du monde de la discipline. L’exploit s’explique en partie par la jeunesse du sport : la planche à voile venait d’être inventée et personne n’avait plus de quelques années de pratique, si bien qu’un adolescent ayant grandi devant les spots d’Oahu se retrouvait au niveau des meilleurs adultes.