Kitesurf

Débuter le kitesurf : le danger arrive après les cours

Un moniteur accompagne un élève qui pilote une aile école dans l'eau peu profonde d'une lagune

Le premier accident sérieux d’un kitesurfeur ne survient presque jamais pendant les cours. Il survient deux à trois mois plus tard, la première fois qu’il navigue seul avec son propre matériel, sur un spot qu’il croit connaître.

Ce décalage explique tout ce qui suit. L’apprentissage encadré protège ; c’est le passage à l’autonomie qui est le moment critique, et personne n’y prépare vraiment.

Ce que l’apprentissage encadré protège

Pendant les cours, quatre décisions difficiles sont prises par quelqu’un d’autre : sortir ou non, quelle taille d’aile, où se placer, et quand rentrer.

Ce sont précisément les quatre décisions qui font les accidents. Un élève peut donc être très à l’aise techniquement et totalement démuni le jour où il doit les prendre seul.

D’où un conseil qui contredit l’usage : pendant vos dernières séances encadrées, demandez au moniteur de vous faire prendre ces décisions et de vous corriger, plutôt que de vous concentrer uniquement sur le geste. C’est la partie du cours qui a le plus de valeur et celle qu’on n’utilise presque jamais.

Le décollage et l’atterrissage, où tout se joue

La majorité des accidents graves ne se produisent pas à l’eau mais sur la plage, pendant les deux minutes du décollage et de l’atterrissage de l’aile.

La raison est mécanique : à terre, il n’y a pas d’échappatoire. Une aile qui part en puissance traîne le pratiquant sur le sable, contre des rochers, ou le soulève. À l’eau, la même surpuissance se solde par une chute sans gravité.

Quatre règles réduisent l’essentiel du risque :

  • Ne jamais décoller seul quand un assistant est disponible, et ne jamais accepter d’assister quelqu’un dont on ne comprend pas les signes.
  • Se placer en bord de fenêtre, jamais dans l’axe du vent, pour que l’aile monte sans puissance.
  • Vérifier l’espace sous le vent avant de décoller : cinquante mètres dégagés au minimum, sans personne ni obstacle.
  • Atterrir tôt, avant d’être fatigué. La plupart des atterrissages ratés le sont en fin de session.

Le détail des causes est documenté dans les cinq causes d’accident en kitesurf.

La check-list avant chaque session

Elle prend deux minutes et elle remplace le jugement quand la fatigue ou l’envie prennent le dessus.

  1. La direction du vent par rapport à la plage, avant sa force. Un vent de terre annule tout le reste, quelle que soit la qualité du plan d’eau.
  2. L’écart entre moyenne et rafales. Un spot annoncé à quinze noeuds avec des pointes à trente est plus dangereux qu’un spot régulier à vingt.
  3. La zone : où décoller, où atterrir, où dériver si tout se passe mal, et où sortir.
  4. Le largage, testé à la main avant de se harnacher. Un système bloqué par le sel ne se découvre pas au moment de s’en servir.
  5. Une personne prévenue, à terre ou à distance, avec une heure de retour.

Les fondamentaux du vent qui sous-tendent les deux premiers points sont expliqués dans l’importance du vent en kitesurf.

Le piège du matériel acheté trop tôt

C’est le facteur le plus sous-estimé du passage à l’autonomie.

Un élève apprend sur du matériel d’école : des ailes réglées, entretenues, de taille adaptée au jour, avec des systèmes de sécurité vérifiés. Le jour où il achète, il se retrouve souvent avec une aile unique, choisie sur une bonne affaire plutôt que sur le vent de son spot, et une barre d’occasion dont il n’a jamais testé le largage.

La règle qui évite cela : la barre est le premier achat, et elle ne s’achète pas vieille. L’aile vient ensuite, choisie sur le vent médian du spot habituel, et non sur la taille qui permettrait de sortir les jours faibles. L’ordre complet est détaillé dans le choix de son équipement.

Les six premiers mois, en pratique

Trois habitudes distinguent les pratiquants qui passent cette période sans incident.

Naviguer sur le même spot. La connaissance d’un plan d’eau vaut plus que le niveau technique pendant la première année. Changer de spot chaque week-end multiplie les inconnues au moment où l’on a le moins de marge.

Sortir accompagné. Pas nécessairement avec un moniteur, mais jamais seul : quelqu’un pour assister au décollage, et pour remarquer une absence.

Renoncer souvent. Un débutant qui rentre une fois sur trois navigue plus de jours dans l’année qu’un débutant qui sort toujours, parce qu’il ne se blesse pas et ne casse pas son matériel.

La réserve

Le kitesurf n’est pas un sport dangereux au sens statistique, et l’insistance sur la sécurité peut décourager à tort. La très grande majorité des sessions se passent sans le moindre incident, et le matériel actuel n’a plus rien à voir avec celui qui a fait la réputation du sport dans les années deux mille.

Deuxième réserve : la formation encadrée coûte cher, et c’est un obstacle réel. La tentation d’apprendre seul ou avec un ami est compréhensible, mais c’est le seul sport de glisse où elle produit des accidents graves plutôt que des mauvaises habitudes.

Enfin, le sentiment de maîtrise arrive avant la maîtrise réelle, et c’est là le vrai piège. Les premiers bords réussis donnent une confiance que l’expérience ne justifie pas encore, et c’est exactement le moment où l’on s’aventure trop loin, comme le rappellent les fondamentaux du kitesurf.

Questions fréquentes


Quand survient le premier accident en kitesurf ?

Presque jamais pendant les cours, mais deux à trois mois plus tard, la première fois que le pratiquant navigue seul avec son propre matériel sur un spot qu’il croit connaître. Pendant l’apprentissage, quatre décisions difficiles sont prises par le moniteur : sortir ou non, quelle taille d’aile, où se placer et quand rentrer. Ce sont précisément celles qui font les accidents, et personne n’y prépare vraiment.


Que vérifier avant chaque session de kitesurf ?

Cinq points, en deux minutes. La direction du vent par rapport à la plage, avant sa force, un vent de terre annulant tout le reste. L’écart entre le vent moyen et les rafales, plus déterminant que la moyenne annoncée. La zone : où décoller, où atterrir, où dériver et où sortir. Le largage, testé à la main avant de se harnacher. Et une personne prévenue, avec une heure de retour.


Pourquoi le décollage et l'atterrissage sont-ils les moments les plus dangereux ?

Parce qu’à terre il n’y a pas d’échappatoire : une aile qui part en puissance traîne le pratiquant sur le sable ou le soulève, alors qu’à l’eau la même surpuissance se solde par une chute sans gravité. Quatre règles réduisent l’essentiel du risque : ne pas décoller seul si un assistant est disponible, se placer en bord de fenêtre et jamais dans l’axe du vent, vérifier au moins cinquante mètres dégagés sous le vent, et atterrir avant d’être fatigué.


Faut-il acheter son matériel avant d'être autonome ?

Non, et c’est un facteur d’accident sous-estimé. Un élève apprend sur du matériel d’école, réglé, entretenu, de taille adaptée au jour. Le jour de l’achat, il se retrouve souvent avec une aile unique choisie sur une bonne affaire plutôt que sur le vent de son spot, et une barre d’occasion dont il n’a jamais testé le largage. Si vous achetez, commencez par la barre, et ne la prenez pas vieille.