La liste des innovations censées changer le surf est longue : planches connectées, combinaisons intelligentes, réalité virtuelle, capteurs de mouvement. Dix ans après, presque aucune n’a modifié la pratique.
Une seule l’a fait, et elle a même créé un sport à part : la propulsion électrique. L’efoil, cette planche à foil motorisée qui vole au-dessus de l’eau sans vague ni vent, est la première technologie qui déplace réellement les frontières de la glisse.
Comment fonctionne un efoil
Le principe est celui de tous les foils, avec un moteur en plus. Sous la planche, un mât vertical descend vers une aile immergée. Dès qu’une vitesse suffisante est atteinte, cette aile génère une portance qui soulève l’ensemble, planche et rider, au-dessus de la surface. La traînée s’effondre, et c’est ce qui donne la sensation de vol silencieux.
La différence avec un windfoil ou un wingfoil tient à la source de l’énergie. Là où ces disciplines tirent leur vitesse du vent, l’efoil embarque un moteur électrique étanche dans le fuselage, alimenté par une batterie lithium logée dans la planche, et piloté par une télécommande sans fil tenue à la main.
Trois conséquences en découlent, et elles définissent le sport. Il n’a besoin ni de vague ni de vent. Il fonctionne sur un lac, une baie fermée, un plan d’eau plat. Et la vitesse est réglable au doigt, ce qui change complètement l’apprentissage.
Ce que ça donne à l’usage
Les constructeurs annoncent des vitesses de pointe de l’ordre de quarante à cinquante kilomètres par heure, pour une vitesse de croisière confortable nettement inférieure, autour de vingt-cinq à trente. L’autonomie annoncée tourne autour d’une heure à une heure et demie, et elle dépend de trois facteurs que personne ne mentionne à l’achat : le poids du rider, l’allure, et la température de l’eau, qui affecte le rendement de la batterie.
La vitesse maximale est d’ailleurs le chiffre le moins utile. Ce qui compte est la vitesse minimale de vol : plus l’aile est grande, plus elle porte tôt, et plus l’engin est accessible et stable. Une petite aile va plus vite mais exige une vitesse plus élevée pour décoller, donc plus de maîtrise.
Est-ce difficile
Moins que toutes les autres disciplines à foil, et c’est justement ce qui fait son succès. La raison est simple : la télécommande permet de doser la puissance indépendamment de tout le reste.
En wingfoil ou en windfoil, le débutant doit gérer simultanément la propulsion, l’équilibre et le vol. En efoil, la propulsion est un bouton. Il ne reste que l’équilibre et le vol, et on peut couper les gaz à tout moment pour redescendre doucement.
L’ordre d’apprentissage est le même partout : à genoux d’abord, puis debout sans voler, puis les premiers vols courts. La difficulté réelle n’est pas de décoller, c’est de tenir une altitude constante : le foil est instable en tangage, et la correction se fait par des déplacements de poids très fins, de l’ordre de quelques centimètres.
La chute, elle, est plus sérieuse qu’en surf. On tombe d’une hauteur, à vitesse, avec une aile en carbone et un mât tranchant sous l’eau. Casque et gilet ne sont pas facultatifs, et la règle absolue est de tomber à plat et loin de la planche, jamais vers elle.
Le prix, et ce qu’il recouvre
C’est le point qui écarte la plupart des curieux. Un efoil neuf de marque se situe dans une fourchette à cinq chiffres, et les modèles les moins chers restent au-dessus du prix d’un équipement complet de n’importe quelle autre discipline de glisse.
La structure du coût explique pourquoi, et elle n’a rien d’arbitraire :
- La batterie est le poste principal. Il s’agit d’un pack lithium de forte capacité, étanche, avec une électronique de gestion. C’est aussi la pièce qui vieillit.
- Le moteur et son étanchéité. Un moteur immergé en eau salée en permanence est un problème d’ingénierie coûteux.
- Le foil lui-même, mât et ailes en carbone, dont les prix sont ceux du foil non motorisé.
Deux conséquences pratiques. La location ou l’initiation encadrée est la seule façon raisonnable d’essayer avant d’acheter. Et le marché de l’occasion est risqué : la valeur résiduelle dépend presque entièrement de l’état d’une batterie qu’un acheteur ne peut pas contrôler, et dont le remplacement coûte une part importante du prix neuf.
La réglementation, le point que personne ne vérifie
Un efoil est un engin motorisé, et cela change tout par rapport à une planche de surf. Les règles applicables dépendent du classement et de la puissance de l’engin, et surtout des arrêtés locaux, qui varient d’une commune à l’autre.
Dans les faits, beaucoup de plans d’eau les interdisent, notamment les zones de baignade, les ports et certains lacs. C’est la première vérification à faire, avant même de louer : appelez la capitainerie ou la mairie, pas un forum.
Les autres innovations, et ce qu’elles valent vraiment
Le reste de la liste mérite d’être trié honnêtement.
Les matériaux ont réellement progressé, notamment sur les alternatives aux mousses pétrochimiques, mais l’effet sur la glisse est marginal comparé à l’effet sur l’empreinte, sujet traité dans les défis environnementaux du surf, et les tendances de conception des planches évoluent plus vite sur les formes que sur les matières.
Les capteurs de mouvement et les planches connectées n’ont pas pris. Le rapport entre la contrainte et l’information obtenue est mauvais, et les données produites intéressent peu de pratiquants au-delà de la nouveauté.
Les drones ont trouvé un usage réel, mais pas celui qu’on annonçait : ils servent à filmer, très peu à analyser, et de plus en plus à la sécurité, pour repérer un pratiquant en difficulté ou larguer une bouée.
La réalité virtuelle n’a aucun usage démontré dans l’apprentissage du surf, et il est peu probable qu’elle en trouve : le geste dépend de sensations d’équilibre qu’un casque ne reproduit pas.
La réserve
Le premier point est le plus important, et il fâche : l’efoil n’est pas du surf. Il n’y a ni vague, ni attente, ni lecture de l’océan, ni le geste de prendre quelque chose que la mer donne. C’est une discipline de vol motorisé, passionnante et exigeante, mais qui n’a de commun avec le surf que la position debout sur une planche.
Le deuxième est l’usage. Un engin motorisé, silencieux et rapide, partage l’eau avec des baigneurs, des kayakistes et des pêcheurs qui ne l’entendent pas venir. La tension est réelle sur plusieurs plans d’eau, et elle explique une partie des interdictions.
Le troisième est écologique, et il vaut d’être posé sans caricature. Un efoil ne consomme pas de carburant, mais il mobilise une batterie de forte capacité dont la fabrication et le recyclage ont un coût. Comparé à une planche de surf, qui ne consomme rien, le bilan est sans appel. Comparé à un jet-ski thermique, il est bien meilleur. Le débat n’a de sens qu’à usage équivalent.
Questions fréquentes
Comment fonctionne le eFoil ?
Un mât vertical descend sous la planche vers une aile immergée. À partir d’une certaine vitesse, cette aile crée une portance qui soulève planche et rider au-dessus de l’eau, ce qui fait chuter la traînée. Un moteur électrique étanche logé dans le fuselage, alimenté par une batterie lithium placée dans la planche et piloté par une télécommande sans fil, fournit cette vitesse. Contrairement au wingfoil ou au windfoil, il n’a besoin ni de vent ni de vague.
Est-ce difficile de faire du eFoil ?
Moins que les autres disciplines à foil, parce que la télécommande sépare la propulsion de l’équilibre : le débutant n’a plus qu’une chose à gérer au lieu de trois, et peut couper les gaz à tout moment. La vraie difficulté n’est pas de décoller mais de tenir une altitude constante, le foil étant instable en tangage et se corrigeant par des déplacements de poids de quelques centimètres. En revanche la chute est plus sérieuse qu’en surf : casque et gilet ne sont pas facultatifs.
Quelle est la vitesse d'un eFoil ?
Les constructeurs annoncent des pointes de l’ordre de quarante à cinquante kilomètres par heure, pour une croisière confortable autour de vingt-cinq à trente. Mais la vitesse maximale est le chiffre le moins utile : ce qui compte est la vitesse minimale de vol, celle à laquelle l’aile porte. Une grande aile porte tôt et rend l’engin accessible, une petite aile va plus vite mais exige davantage de maîtrise.
Quel est le prix d'un eFoil ?
Une fourchette à cinq chiffres pour un modèle neuf de marque, et les moins chers dépassent encore le prix d’un équipement complet dans n’importe quelle autre discipline de glisse. La batterie en est le poste principal, devant l’étanchéité du moteur et le foil en carbone. Deux conséquences : essayez en location avant d’acheter, et méfiez-vous de l’occasion, dont la valeur dépend d’un état de batterie qu’un acheteur ne peut pas vérifier.