Kitesurf

Les femmes dans le kitesurf : le sport où la force n’intervient pas

Une kitesurfeuse en pleine navigation, aile haut dans le ciel et gerbe d'eau sous sa planche

Le kitesurf est, de tous les sports de glisse, celui où l’écart de participation entre femmes et hommes est le plus faible. Ce n’est pas un effet culturel : c’est une conséquence mécanique du fonctionnement de l’aile.

La traction n’est pas encaissée par les bras mais par le harnais, donc par le bassin et le tronc. La force du haut du corps, qui structure l’accès à la planche à voile, n’intervient tout simplement pas.

Pourquoi le matériel ne pose pas le même problème qu’ailleurs

C’est le point décisif, et il est rarement formulé.

En planche à voile, un gréement pèse ce qu’il pèse, quel que soit le gabarit du pratiquant : il faut le porter jusqu’à l’eau, le sortir de l’eau à chaque chute, et le maintenir. En kitesurf, la taille d’aile se choisit sur le poids : un pratiquant léger utilise une aile plus petite, donc plus légère à porter, plus rapide à gonfler et plus facile à gérer à terre.

Autrement dit, le matériel s’adapte automatiquement au gabarit, au lieu d’imposer un seuil d’entrée. Les repères de taille selon le poids sont dans le choix de son équipement de kitesurf.

Un second effet joue dans le même sens : à surface égale, une pratiquante plus légère est propulsée dans un vent plus faible, ce qui élargit sa plage de conditions praticables plutôt que de la restreindre.

Les figures du haut niveau

Le kitesurf féminin a produit des carrières précoces et longues, ce qui tient à la jeunesse du sport lui-même.

Gisela Pulido, espagnole, est la figure dominante de la discipline : sacrée championne du monde à un âge record, à l’adolescence, puis titrée à de nombreuses reprises sur une carrière étalée sur plus d’une décennie. Elle a ensuite basculé vers le kitefoil de course, suivant la trajectoire olympique du sport.

Bruna Kajiya, brésilienne, s’est imposée en freestyle, la discipline la plus technique, et a marqué le sport en réalisant des figures que l’on considérait comme hors de portée.

Ces deux trajectoires ont un point commun : elles se sont construites dans un sport qui n’avait pas encore d’histoire, donc pas de plafond établi. C’est un avantage que les disciplines plus anciennes n’offrent pas, comme le montre la comparaison avec le windsurf féminin.

Ce qui freine encore

Trois obstacles subsistent, et aucun n’est physique.

Le coût de l’apprentissage. Le kitesurf est le seul sport de glisse où l’apprentissage encadré n’est pas optionnel, ce qui crée une barrière financière à l’entrée. Cette barrière frappe indistinctement, mais elle s’ajoute à d’autres inégalités d’accès aux loisirs sportifs.

L’appréhension du matériel. Une aile de traction impressionne, et davantage que la vague. C’est une peur rationnelle, fondée sur des accidents réels, et elle se traite par la formation plutôt que par l’encouragement. Le fait que le danger se concentre au décollage et à l’atterrissage, à terre, est développé dans débuter le kitesurf en sécurité.

La représentation. Sur un spot, voir ou non des pratiquantes change la probabilité qu’une débutante s’y engage. C’est un mécanisme qui s’auto-entretient, dans un sens comme dans l’autre.

La compétition

Le circuit professionnel comporte des épreuves féminines dans toutes les disciplines, et l’entrée du kitefoil aux Jeux impose des épreuves masculines et féminines sur le même support.

La parité des dotations reste en revanche moins avancée que dans le surf, qui l’a instaurée à partir de 2019. Les flottes féminines sont également plus réduites, ce qui affecte la densité et donc l’exposition, dans une boucle bien identifiée.

Un point mérite d’être noté : la course en foil, format olympique, se dispute sur un matériel unique, ce qui neutralise l’avantage matériel et déplace le résultat vers le pilotage et la tactique.

La réserve

Écrire un article sur le kitesurf féminin comporte le risque de fabriquer une catégorie là où les pratiquantes demandent surtout à ne pas en être une. Le sujet n’est pas le kitesurf féminin, c’est le kitesurf, dans un sport où l’argument physique ne tient pas.

Deuxième réserve : dire que la force n’intervient pas ne signifie pas que le sport ne demande rien. Il exige de l’endurance de gainage, de la coordination et du sang-froid, et ces qualités se travaillent, comme le détaille la préparation physique au kitesurf. L’écart de participation ne s’explique simplement pas par là.

Enfin, le meilleur indicateur de l’évolution du sport n’est pas le palmarès de quelques athlètes mais le nombre de pratiquantes autonomes sur un spot ordinaire un jour ordinaire. Il progresse, plus vite que dans les autres sports de glisse, et il ne se mesure nulle part.

Questions fréquentes


Le kitesurf est-il un sport de force ?

Non, et c’est ce qui le distingue des autres sports de glisse. La traction de l’aile n’est pas encaissée par les bras mais par le harnais, donc par le bassin et le tronc. Un pratiquant qui a mal aux avant-bras est mal réglé, il ne manque pas de muscle. Le sport demande de l’endurance de gainage, de la coordination et du sang-froid, pas de la force du haut du corps.


Le kitesurf convient-il aux gabarits légers ?

Particulièrement bien, pour deux raisons mécaniques. La taille d’aile se choisit sur le poids : un pratiquant léger utilise une aile plus petite, donc plus légère à porter, plus rapide à gonfler et plus facile à gérer à terre, contrairement à un gréement de planche à voile qui pèse le même poids pour tout le monde. Et à surface égale, un pratiquant léger est propulsé dans un vent plus faible, ce qui élargit sa plage de conditions praticables.


Qui est la meilleure kitesurfeuse du monde ?

L’Espagnole Gisela Pulido est la figure dominante de la discipline : sacrée championne du monde à un âge record, à l’adolescence, puis titrée à de nombreuses reprises sur plus d’une décennie, avant de basculer vers le kitefoil de course en suivant la trajectoire olympique du sport. La Brésilienne Bruna Kajiya s’est imposée en freestyle, la discipline la plus technique, en réalisant des figures considérées comme hors de portée.


Y a-t-il beaucoup de femmes en kitesurf ?

L’écart de participation y est le plus faible de tous les sports de glisse, et il continue de se réduire. Trois freins subsistent, et aucun n’est physique : le coût de l’apprentissage encadré, qui n’est pas optionnel dans ce sport ; l’appréhension du matériel, une aile de traction impressionnant davantage qu’une vague, peur rationnelle qui se traite par la formation ; et la représentation, voir ou non des pratiquantes sur un spot changeant la probabilité qu’une débutante s’y engage.