Surf

L’empreinte réelle du surf : le transport d’abord, la planche ensuite

Photo Surfboard, Ocean

Le surf passe pour un sport propre parce qu’il n’a pas de moteur. C’est vrai à l’usage et faux dès qu’on regarde l’ensemble : une planche est un objet pétrochimique non recyclable, une combinaison aussi, et l’essentiel de l’empreinte d’un pratiquant se joue dans ses déplacements.

Voici où sont réellement les impacts, dans l’ordre de leur poids, et ce qui change quelque chose.

Le déplacement, qui écrase tout le reste

C’est le point à mettre en premier, parce qu’il rend secondaires la plupart des discussions sur le matériel.

Un pratiquant qui prend l’avion une fois pour un voyage de surf produit une empreinte sans commune mesure avec celle de plusieurs planches. Le calcul est brutal et il ne se contourne pas par un choix de résine.

Trois conséquences pratiques, par ordre d’efficacité : réduire la fréquence des voyages lointains plutôt que leur durée, privilégier les destinations accessibles autrement qu’en avion, et surtout surfer près de chez soi. Un aller-retour hebdomadaire de deux cents kilomètres en voiture individuelle pèse lui aussi, et le covoiturage sur un spot est la mesure la plus rentable qui soit.

La planche, un objet non recyclable

La construction classique associe un pain de polyuréthane, une résine polyester et de la fibre de verre. Ces trois matériaux sont des dérivés pétroliers, ils sont indissociables une fois stratifiés, et il n’existe pas de filière de recyclage à l’échelle. Une planche cassée finit enfouie ou incinérée.

La fabrication produit en outre des chutes importantes : le pain est shapé par retrait de matière, et l’essentiel de ce qui est retiré est perdu.

Des alternatives existent, et il faut être précis sur ce qu’elles apportent :

  • Le polystyrène expansé et la résine époxy. Le pain est recyclable en amont, et les époxy contiennent une part de composants bio-sourcés, variable et rarement majoritaire. C’est un progrès réel mais partiel.
  • Les fibres naturelles, le lin en tête, qui remplacent la fibre de verre. La performance est comparable sur beaucoup d’usages.
  • Le bois, notamment le paulownia, sur des constructions creuses. Marginal en volume, mais c’est la seule construction réellement réparable et durable.

Le levier le plus efficace reste pourtant ailleurs et il ne coûte rien : garder sa planche longtemps et la réparer. Une réparation prend une demi-heure, et la méthode est détaillée dans comment réparer sa planche de surf. L’achat d’occasion suit la même logique.

La combinaison, le sujet qu’on oublie

Le néoprène classique est un dérivé pétrolier. Deux alternatives coexistent, et elles ne se valent pas.

Le néoprène dit à base de calcaire réduit la part pétrolière mais reste très énergivore à produire : le gain est réel, moins spectaculaire que la communication ne le suggère.

Le caoutchouc naturel issu d’hévéa supprime la dépendance au pétrole et constitue le progrès le plus net du secteur. Sa contrainte est la durabilité perçue, souvent inférieure, ce qui déplace le problème si la combinaison se remplace plus vite.

Là encore, l’usage compte plus que l’achat : rincer à l’eau douce, sécher à l’ombre et ne pas plier une combinaison sur la couture double sa durée de vie. Le choix de l’épaisseur juste, détaillé dans l’épaisseur de combinaison selon la température, évite aussi d’en accumuler trois.

La wax et la crème solaire, petits volumes, effets locaux

La wax classique est à base de paraffine, donc pétrolière, et elle finit dans l’eau par petites quantités à chaque session. Les alternatives à base de cires végétales existent et fonctionnent, avec une plage de température parfois moins large. Le volume en jeu est faible, mais c’est le geste le plus simple à changer.

La crème solaire pose un problème plus documenté. Certains filtres chimiques sont mis en cause dans le blanchiment des coraux, au point que des territoires en ont interdit la vente, Hawaï notamment. Sur un spot corallien, les filtres minéraux et surtout la protection textile, lycra à manches longues, sont la vraie réponse.

La qualité de l’eau, dont les surfeurs sont les premières victimes

C’est le versant qu’on oublie : les surfeurs ne sont pas seulement des acteurs de la pollution, ils y sont exposés plus que quiconque.

Les rejets d’eaux usées après de fortes pluies, les débordements de réseaux et les pollutions agricoles se concentrent sur les zones de déferlement. La règle empirique la mieux établie est de ne pas se mettre à l’eau dans les vingt-quatre à quarante-huit heures suivant un épisode pluvieux important, en particulier près d’une embouchure.

C’est aussi ce qui explique que les associations de surfeurs soient devenues, en Europe, des acteurs sérieux du suivi de la qualité des eaux littorales.

Ce qui relève du symbole et ce qui compte

Une hiérarchie honnête, du plus lourd au plus léger : le transport aérien, puis les trajets quotidiens, puis la durée de vie du matériel, puis le choix des matériaux, puis la wax. Beaucoup de discours inversent complètement cet ordre, parce qu’il est plus confortable de changer de wax que de renoncer à un voyage.

Il faut ajouter un facteur que le pratiquant ne maîtrise pas : le sport dépend de littoraux dont l’évolution le concerne directement, sujet traité dans l’impact du changement climatique sur le surf.

La réserve

L’écoresponsabilité est devenue un argument commercial, et une partie des produits vendus comme durables le sont marginalement. Le test qui trie : une marque qui communique sur le pourcentage précis de matière bio-sourcée dit quelque chose, une marque qui parle d’engagement sans chiffre ne dit rien.

Deuxième réserve : l’empreinte individuelle d’un surfeur reste faible comparée à celle des infrastructures et de l’industrie du tourisme littoral. Faire porter la responsabilité au seul pratiquant est commode et inexact.

Enfin, la mesure la plus efficace est aussi la moins vendable, puisqu’elle consiste à ne rien acheter : garder son matériel, le réparer, l’acheter d’occasion, et surfer là où on habite.

Questions fréquentes


Le surf est-il un sport écologique ?

À l’usage oui, puisqu’il n’a pas de moteur, mais l’empreinte réelle est ailleurs et elle est dominée par les déplacements : un seul voyage en avion pèse plus lourd que plusieurs planches. Viennent ensuite les trajets quotidiens vers le spot, puis la durée de vie du matériel, puis le choix des matériaux. Beaucoup de discours inversent cet ordre, parce qu’il est plus confortable de changer de wax que de renoncer à un voyage.


Existe-t-il des planches de surf écologiques ?

Des planches moins impactantes, oui ; des planches écologiques, non. Le pain en polystyrène expansé associé à une résine époxy partiellement bio-sourcée, les fibres de lin en remplacement de la fibre de verre et les constructions creuses en paulownia réduisent réellement l’impact, dans des proportions variables et rarement majoritaires. Le levier le plus efficace reste de garder sa planche longtemps, de la réparer et de l’acheter d’occasion.


Le néoprène est-il polluant ?

Le néoprène classique est un dérivé pétrolier. Le néoprène dit à base de calcaire réduit cette part mais reste très énergivore à produire, et le gain est plus modeste que la communication ne le suggère. Le caoutchouc naturel issu d’hévéa supprime la dépendance au pétrole et constitue le progrès le plus net, sous réserve de durabilité. Rincer à l’eau douce, sécher à l’ombre et ne pas plier sur la couture double la durée de vie d’une combinaison, quelle que soit sa matière.


Quelle crème solaire pour surfer sans abîmer les récifs ?

Des filtres minéraux plutôt que chimiques, certains filtres chimiques étant mis en cause dans le blanchiment des coraux au point que des territoires comme Hawaï en ont interdit la vente. Sur un spot corallien, la meilleure réponse reste toutefois textile : un lycra à manches longues protège mieux, plus longtemps et sans rien relâcher dans l’eau.