Le wingfoil a une particularité que ses voisins n’ont pas : la pièce la plus dangereuse du matériel se trouve sous la planche, et elle y reste à chaque chute. Un mât de foil et ses ailerons en carbone forment une lame. Les blessures sérieuses en wingfoil ne viennent presque jamais de l’aile, mais de ce qu’il y a dessous.
Ce constat oriente tout l’équipement de protection, et explique pourquoi il diffère de celui d’un kitesurfeur ou d’un windsurfeur. Voici ce qui sert vraiment, ce qui sert moins, et ce qui est vendu comme une protection sans en être une.
De quoi on se protège exactement
Trois mécanismes de blessure, par ordre de fréquence.
L’impact avec sa propre planche. Le cas le plus courant. Le vol s’arrête, la planche part vers l’avant ou retombe, et le pratiquant la reçoit. C’est de là que viennent la majorité des chocs à la tête et aux côtes.
La coupure par le foil. Moins fréquente, nettement plus grave. Elle survient quand on retombe sur le matériel, ou quand la planche revient vers soi tirée par son leash. Les ailerons sont fins et rigides, la coupure est nette et profonde.
La chute de hauteur. On vole à cinquante ou soixante centimètres au-dessus de l’eau, à une vitesse de croisière de quinze à vingt-cinq kilomètres heure. Le contact avec la surface à cette allure n’a rien d’un plat.
Rien de tout cela n’est théorique, et rien n’est réservé aux pratiquants engagés. La phase d’apprentissage, où l’on tombe le plus, est justement celle où le matériel est le moins bien maîtrisé.
Le casque
La pièce non négociable. Cinq critères, dans l’ordre où ils comptent.
La tenue. Un casque qui tourne à l’impact ne protège rien. Un système de réglage à molette et une jugulaire correctement ajustée valent mieux qu’une coque plus épaisse mal tenue. Essayez-le en secouant la tête vigoureusement : s’il bouge, il est trop grand.
La flottabilité. Beaucoup de casques nautiques flottent, ce qui évite de perdre le sien après une chute violente qui l’arrache. Détail secondaire tant que la jugulaire tient, appréciable quand elle lâche.
L’évacuation de l’eau. Un casque fermé se remplit et se transforme en seau à la première chute rapide, ce qui tire sur les cervicales. Les modèles nautiques sont perforés pour cette raison. Un casque de vélo ou de skate n’est pas un substitut.
Les protections d’oreilles. Utiles contre l’impact latéral et contre l’entrée d’eau sous pression, qui provoque des otites à répétition chez les pratiquants réguliers. Le revers est réel : elles coupent une partie de l’audition, ce qui compte sur un plan d’eau fréquenté où l’on doit entendre arriver les autres. Beaucoup de pratiquants les prennent amovibles pour cette raison.
La couverture arrière. Le choc à l’arrière du crâne, en tombant en arrière, est un classique du foil. Une coque qui descend sur l’occiput vaut mieux qu’une coupe haute de style skate.
Le gilet d’impact
C’est ici que la confusion est la plus répandue, et elle est dangereuse.
Un gilet d’impact n’est pas un gilet de sauvetage. Il est conçu pour absorber un choc, pas pour retourner une personne inconsciente ni pour la maintenir la tête hors de l’eau. Sa flottabilité additionnelle est faible, généralement bien en dessous du seuil d’une aide à la flottabilité normée. Si vous naviguez loin du bord, seul, ou sur un plan d’eau froid, c’est une aide à la flottabilité qu’il faut, pas un gilet d’impact.
Cela dit, pour l’usage auquel il est destiné, il fait bien son travail. Il protège les côtes et le sternum, précisément là où la planche revient frapper. Il apporte aussi une flottabilité d’appoint qui aide à remonter après une chute profonde, et qui n’est pas rien quand on a avalé de l’eau.
Ce qu’il faut regarder : une coupe courte, qui ne remonte pas dans le cou quand on est allongé sur la planche à ramer, et des ouvertures d’épaules larges. Un gilet qui gêne le mouvement des bras est un gilet qu’on ne mettra plus au bout de trois sessions, et c’est le pire des cas.
Ce qu’on oublie
Les vêtements anti-coupure. Un lycra manches longues ou une combinaison, même en été, même par trente degrés. Ils ne remplacent pas un casque mais ils transforment une entaille en éraflure sur les avant-bras et les cuisses, qui sont les zones les plus exposées au foil. C’est la protection au meilleur rapport coût sur bénéfice de toute la liste.
Les leashs, les deux. Le leash d’aile, au poignet ou au biceps, évite de voir sa wing partir sous le vent. Le leash de planche est plus important encore : la planche est votre seul flotteur, et sans elle un retour au bord devient une nage. Un mot cependant sur un débat que les boutiques n’abordent pas : un leash de planche court ramène le foil vers vous à chaque chute. La plupart des pratiquants expérimentés choisissent un leash de cheville long, ou un leash de taille, précisément pour mettre de la distance entre eux et la lame. Réfléchissez-y avant d’acheter le plus court.
Quand chaque pièce devient indispensable
Il n’y a pas de règle unique, mais un ordre de priorité assez consensuel.
Dès la première session, casque et lycra manches longues. C’est la phase où l’on tombe le plus et où l’on maîtrise le moins la trajectoire de sa planche.
Dès que le vol est acquis, le gilet d’impact prend son sens : la vitesse augmente, la hauteur aussi, et les chutes deviennent plus sèches.
Sur un plan d’eau froid, loin du bord, ou en navigation solitaire, ajoutez une aide à la flottabilité normée, distincte du gilet d’impact, et prévenez quelqu’un de votre créneau. La check-list avant une session reprend ces points pour toutes les disciplines.
Enfin, la meilleure protection reste le choix du plan d’eau : de la profondeur, peu de monde, et un vent qui ne vous emmène pas au large. Les critères sont dans où faire du wingfoil en France, et la progression encadrée dans le guide du débutant.
Questions fréquentes
Est-ce que le wing foil est dangereux ?
Le risque n’est pas dans l’aile mais dans le foil, qui reste sous la planche à chaque chute. Un mât et des ailerons en carbone forment une lame, et les blessures sérieuses sont des coupures et des impacts, pas des tractions comme en kitesurf. Avec un casque, un lycra manches longues et un gilet d’impact, le sport devient comparable à n’importe quelle glisse nautique.
Un gilet d'impact suffit-il comme gilet de sauvetage ?
Non. Un gilet d’impact absorbe un choc, il ne retourne pas une personne inconsciente et ne la maintient pas la tête hors de l’eau. Sa flottabilité est faible. Pour naviguer loin du bord, seul ou en eau froide, il faut une aide à la flottabilité normée en plus, ou à la place.
Quel casque choisir pour le wingfoil ?
Un casque nautique perforé, qui évacue l’eau, avec réglage à molette, jugulaire ferme, couverture de l’arrière du crâne et si possible flottant. Les protections d’oreilles sont utiles contre les otites et les chocs latéraux, mais elles réduisent l’audition : les modèles amovibles sont un bon compromis. Un casque de vélo ou de skate ne convient pas.
Faut-il porter un casque dès les premières sessions de wingfoil ?
Oui, et c’est même là qu’il sert le plus. La phase d’apprentissage est celle où l’on tombe le plus souvent et où l’on contrôle le moins la trajectoire de sa planche après la chute.
Quel leash de planche choisir en wingfoil ?
Plutôt un leash de cheville long ou un leash de taille qu’un modèle court. Un leash court ramène la planche, et donc le foil, vers vous à chaque chute. La distance est ici une protection.
Le lycra manches longues sert-il vraiment à quelque chose ?
C’est la protection au meilleur rapport coût sur bénéfice. Il ne remplace pas un casque, mais il transforme une entaille en éraflure sur les avant-bras et les cuisses, qui sont les zones les plus souvent touchées par le foil.